Thursday, October 21, 2021
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CINEMA : Jean-Paul Belmondo, des rôles en cascade pour une carrière hors du commun

Jean-Paul Belmondo au Festival de Cannes en 1974 pour la présentation de Stavisky, d’Alain Resnais. © AFP

Décédé ce 6 septembre 2021 à l’âge de 88 ans, Jean-Paul Belmondo fut durant trente ans le plus populaire des acteurs français, 48 de ses films dépassant 1 million d’entrées. Revenu au théâtre à la fin des années 1980 puis victime d’un grave accident de santé en 2001, il s’était fait de plus en plus rare ces vingt dernières années.

Bébel. Ce surnom témoignait à lui seul, et avec affection, de son immense popularité. Dans la constellation des comédiens français qui ont crevé l’écran depuis les années 1950, Jean-Paul Belmondo était en effet le seul à s’être vu gratifier d’un diminutif, une sorte de pendant masculin du BB de Brigitte Bardot, sauf que pour Bardot il s’agissait simplement d’accoler des initiales. Au jour de sa disparition, il est évidemment tentant d’invoquer à propos de Bébel l’Itinéraire d’un enfant gâté, tant ce film, sorti à une époque où l’acteur prenait déjà ses distances avec le cinéma, semble coller à son destin. Durant un demi-siècle, cet artiste aussi fougueux qu’éclectique aura illuminé de sa présence les plateaux de cinéma et les scènes de théâtre, avant qu’un grave problème de santé ne l’éloigne des projecteurs.

Enfant gâté, Belmondo l’a été, naissant à Neuilly-sur-Seine au sein d’une famille aimante avec un père – Paul Belmondo – sculpteur de renom qui passa beaucoup de choses à son casse-cou de fils et une mère artiste-peintre qui eut le temps de s’occuper de lui, de son frère Alain et de sa sœur Muriel. Si la famille eut à souffrir des rigueurs de l’Occupation, elle évolua ensuite dans une certaine aisance. Le turbulent Jean-Paul se lance rapidement dans des cours de comédie, parallèlement à une carrière de boxeur amateur, lui le passionné de sports. Recalé au concours d’entrée au Conservatoire, il s’y glisse quand même en qualité d’auditeur libre. Finalement admis en 1952, il va y faire ses classes durant quatre années, sous l’œil dubitatif de l’auguste Pierre Dux, qui ne croit guère en lui.

C’est à cette époque-là que Belmondo rencontre un groupe de comédiens en herbe dont il va devenir la mascotte et avec qui il noue une indéfectible amitié, lui qui sera toujours un homme de bande : Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Guy Bedos, Bruno Cremer, Michel Beaune. Sous la direction notamment de Michel Galabru, il fait ses débuts sur les planches avec une prédisposition pour les comédies : Molière, Courteline, Feydeau. Très apprécié du public et de ses camarades, il ne décroche cependant qu’un accessit à sa sortie du Conservatoire, ce qui lui interdit l’entrée à la Comédie-Française. Il tente donc alors sa chance au cinéma (Sois belle et tais-toi et Un drôle de dimanche de Marc Allégret notamment), sans savoir qu’il va bientôt devenir l’une des icônes de la Nouvelle Vague.

À Bout de souffle, la gloire précoce

Encore critique aux Cahiers du Cinéma, Jean-Luc Godard le repère à Saint-Germain-des-Prés. Il le teste dans un court-métrage, Charlotte et son Jules, avant de lui donner le rôle principal dans À bout de souffle, la cavale d’un jeune voyou amoureux d’une étudiante américaine. Persuadé que le film ne sortira jamais, Bébel joue plus relax que jamais, imprimant un style qui va devenir sa marque de fabrique et inspirer toute une génération d’acteurs à travers le monde.

Jean-Paul Belmondo évoque sa rencontre avec Jean-Luc Godard

Sorti en mars 1960, À bout de souffle remporte un immense succès, à la fois critique et populaire, ce qui est somme toute assez rare. Dès lors, la carrière de Bébel au cinéma est lancée, il tourne 18 films en trois ans dont certains sont devenus des classiques : Classe tous risques de Claude Sautet, Moderato Cantabile de Peter Brook, Léon Morin prêtre et Le Doulos de Jean-Pierre Melville, Un singe en hiver d’Henri Verneuil. « Au début, j’avais tellement peur que ça s’arrête que je tournais cinq, six, sept films par an ! » confessera-t-il à L’Express en 2004. 

L’année 1963, alors qu’il vient d’atteindre la trentaine, est celle de la consécration. Philippe De Broca qui a déjà exploité ses qualités d’acrobate dans Cartouche (1962) lui offre un rôle sur mesure dans L’homme de Rio, une haletante course-poursuite délibérément inspirée du personnage de Tintin, qui s’avère un triomphe (4,8 millions d’entrées à sa sortie en 1964) et se voit même nommé à Hollywood pour l’Oscar du meilleur scénario original. Belmondo enchaîne alors les succès avec des metteurs en scène de premier plan : Cent mille dollars au soleil et Week-end à Zuydcoote (Henri Verneuil), un dernier Godard avec Pierrot le fouLes tribulations d’un Chinois en Chine (De Broca encore), Le voleur (Louis Malle), Ho ! (Robert Enrico), Le cerveau (Gérard Oury), un duo avec Bourvil qui reste son plus gros succès (5,5 millions d’entrées en France) et enfin Un homme qui me plaît de Claude Lelouch, avec Annie Girardot, pour terminer la décennie.

Dans «Cartouche», le voleur au grand coeur, de Philippe de Broca (1962). Filmsonor/ Les Films Ariane/ Mondex Films

Quand arrive l’année 1970, Bébel règne en maître sur le cinéma français, ne comptant pour seul rival qu’Alain Delon, une vieille connaissance croisée pour la première fois sur le tournage de Sois belle et tais-toi en 1958. Bébel-Delon, deux monstres sacrés que l’on a souvent opposés – et qui se sont parfois chamaillés – mais qui, au fond, s’apprécient car, sans venir du même milieu, ni jouer sur les mêmes registres, l’exubérant Bébel et le glacial Delon sont bien de la même trempe. Cette complicité se matérialise avec Borsalino, film signé Jacques Deray et produit par l’interprète du Samouraï dont l’action se situe dans le Marseille des années 1930. Succès phénoménal. Fâché temporairement avec Delon car s’estimant lésé (Delon figure deux fois à l’affiche comme acteur et producteur), Belmondo décide alors de monter sa propre maison de production, Cerito Films, afin de mieux contrôler sa carrière et d’avoir les coudées plus franches.

Dans la continuité des années 1960, le succès ne se dément pas. Bébel continue d’accaparer le box-office avec des films grand public où il a toujours le beau rôle. « On entre dans un rôle comme on pousse une porte », se plaît-il à déclarer. Se succèdent donc Les mariés de l’an II (Jean-Paul Rappeneau), Le casse et Peur sur la ville (Henri Verneuil), La scoumoune (José Giovanni), L’héritier (Philippe Labro), Le magnifique (Philippe De Broca). Le public en redemande mais les puristes commencent à regretter qu’il ne se risque pas plus souvent au cinéma d’auteur, comme il l’avait fait à ses débuts avec Malle et Godard. Le relatif échec de Stavisky d’Alain Resnais (1 million d’entrées quand même en 1974) ne l’incite guère à se remettre en question, et à l’approche des années 1980, Bébel cède un peu à la facilité : des films de flics et des comédies un peu trop « toc-toc, badaboum ! » qui tournent parfois à l’auto-parodie.

Retour sur les planches

Avec Alain Resnais sur le tournage de Stavisky en 1974. Collection Positif

Si le public est presque toujours au rendez-vous, la critique apprécie moins et Bébel se fait plus rare au grand écran durant les années 1980. Suite à un accident survenu sur le tournage de Hold-up (1985), il cesse de réaliser lui-même ses cascades alors qu’il avait toujours refusé, jusque-là, de se faire doubler. Il a quand même 52 ans. L’année 1987 marque un vrai tournant : pour la première fois depuis 1963, un film avec Belmondo à l’affiche  – Le solitaire de Jacques Deray – attire moins d’1 million de spectateurs. « Le solitaire a été le polar de trop. J’en avais marre et le public aussi », avouera-t-il en 2009 à Gilles Durieux, qui lui consacre alors une biographie. La décennie s’achève pourtant en apothéose avec Itinéraire d’un enfant gâté, l’un des meilleurs Lelouch (1988), dans un rôle à contre-emploi qui lui vaut d’être récompensé d’un César du meilleur acteur. Comme il avait prévenu, Bébel ne vient pas chercher sa récompense, arguant que le sculpteur César, créateur du trophée, aurait dit un jour du mal de son père Paul.

En cette fin de décennie, Belmondo fait son grand retour au théâtre, une nouvelle qui fait sensation début 1987. Près de trente ans après sa dernière apparition, il se produit dans Kean, une pièce de Jean-Paul Sartre adaptée d’Alexandre Dumas et mise en scène par Robert Hossein. Cinq mois durant, le théâtre Marigny ne désemplit pas. Trois ans plus tard, il retrouve Robert Hossein pour Cyrano de Bergerac. Presqu’au même moment, Le Cyrano de Jean-Paul Rappeneau sort au cinéma avec Gérard Depardieu dans le rôle principal. Loin de se faire de l’ombre, les deux œuvres sont couronnées de succès : dix Césars pour le film, 220 000 spectateurs en 280 représentations pour la pièce, un véritable tour de force car l’acteur passe chaque soir plus de trois heures sur scène.

« Hossein a fait de Cyrano un personnage bondissant, agressif, un peu comme Errol Flynn », révèlera Belmondo à Bertrand Tessier dans sa biographie L’incorrigible. « Pas un temps mort, poursuivait-il. C’est grâce à toutes les cascades que j’ai faites dans ma vie et qu’on m’a tant reprochées que je peux tenir le rythme. » La pièce est un tel succès qu’il accepte de partir en tournée, ce qui le mènera jusqu’au Japon. Le retour au cinéma s’avère nettement moins triomphal : la version « Lelouchienne » des Misérables (1995) est ratée, l’adaptation du Désiré de Sacha Guitry (1996) par Bernard Murat n’est guère mieux, et Peut-être (1999) est sans doute le moins bon film du talentueux Cédric Klapisch. En 2001, Belmondo se tourne vers la télévision pour une adaptation de L’aîné des Ferchaux.

Avec Jean Dujardin, l’un de ses plus fervents admirateurs. Océan Films

                                      

Digne dans l’adversité

 Après le tournage, il part se reposer en Corse chez son ami Guy Bedos lorsque survient la catastrophe : il s’effondre, victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Hospitalisé d’urgence, il a la vie sauve mais garde de profondes séquelles, notamment au niveau de l’élocution, malgré une longue rééducation. Il tentera courageusement de revenir au cinéma grâce à Francis Huster dans Un homme et son chien (2009), un remake d’Umberto D de Vittorio De Sica, mais ce sera sa seule tentative après l’accident.

Ces dernières années, Jean-Paul Belmondo avait limité ses apparitions publiques, donnant quand même quelques interviews, notamment une très longue à L’Équipe Magazine au printemps 2016. Jamais il ne s’apitoiera sur son sort. Quelques mois auparavant, son fils aîné, Paul, ancien pilote automobile, lui avait consacré un documentaire intitulé Belmondo par Belmondo, diffusé sur TF1 le 3 janvier 2016. En septembre 2016, Venise lui fait un triomphe à l’occasion de la Mostra en lui remettant un Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière et, deux mois plus tard, il publie son autobiographie Mille vies valent mieux qu’une, un titre qui lui correspond à merveille.

Outre Paul né en 1963, Jean-Paul Belmondo avait eu deux filles de son premier mariage avec Elodie Constant : Patricia née en 1954 et décédée en 1994 dans l’incendie de son appartement et Florence née en 1960. Il a eu une autre fille, Stella, née en 2003, de son deuxième mariage, avec l’ex-Coco Girl Nathalie Tardivel. Au cours de sa vie, Bébel eut également des liaisons avec les actrices Ursula Andress dans les années 1960, Laura Antonelli dans les années 1970, Carlos Sotto Mayor dans les années 1980 puis avec Babara Gondolfi dans les années 2000. « J’ai partagé avec celles que j’ai aimées des moments superbes et inoubliables. Mon dernier grand amour, c’est ma fille Stella », avait-il confié à l’hebdomadaire Téléstar à l’occasion de son 81e anniversaire.

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