Tuesday, November 30, 2021
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COP26 à Glasgow: dans le cortège, les sourires voilent mal l’inquiétude

Selon la Coalition COP26, plus de 300 actions ont eu lieu à travers le monde hier pour dénoncer l’aggravation du dérèglement climatique et le manque d’ambitions politiques pour y faire face. Choses vues entendues dans le cortège de Glasgow, où se tient depuis une semaine la 26e Conférence des Parties.

Pluie, vent, froid : la météo n’était pas au rendez-vous pour accompagner les défenseurs du climat qui ont défilé ce samedi dans la troisième ville du Royaume-Uni. Force est de constater qu’ils n’ont pas été découragés pour autant. Pour Asad Rehman, l’un des porte-paroles de la Coalition COP26, l’affaire est entendue : « c’est un immense succès : 155 000 personnes ont défilé aujourd’hui à Glasgow, et près de 500 000 partout dans le Royaume-Uni », assure à RFI cette figure de la COP26 citoyenne. C’est la manifestation la plus massive jamais enregistrée pour un sommet climat. Quand nous sommes arrivés à Glasgow Green [point final du parcours, long de 3 km, à l’est de la ville], certains n’étaient pas encore partis de Kelvingrove ».

Au-delà des chiffres, le message, à ses yeux, est passé. Le message ? Le monde fait face à une « crise multiple » et la crise climatique n’est pour le directeur de War on Want qu’un « symptôme » d’« un système économique cassé ». En atteste le cortège qui était pour le moins éclectique : les communautés indigènes en tête, les indépendantistes écossais et les cyclistes fermant la marche, les groupes religieux, les scientifiques ou encore les militants anti-racistes au milieu, pas moins de quatorze « blocs » aux revendications bien diverses ont convergé ensemble. Pour les manifestants, la lutte se veut clairement intersectionnelle, et elle s’est déroulée dans une ambiance qualifiée de bon enfant par les forces de l’ordre. Un mot d’ordre semble toutefois unir le tout : la justice climatique. « Il y a deux injustices climatiques », selon Finlay Asher, lui aussi très engagé dans la Coalition. « La première est internationale : les pays les plus exposés au risque sont ceux qui émettent le moins, sont ceux aussi qui ont le moins de revenus. La deuxième est intergénérationnelle : les nouvelles générations paient le prix fort pour celles qui les ont précédées. »

En tête de bloc, Lorenzo, 27 ans, peut en témoigner. Avec son groupe, il s’avance avec un drapeau bariolé et peu connu, battu par le vent. Celui du Vanuatu, l’une de ses îles du Pacifique dont on ne parle qu’à la COP, comme inévitables symboles de la montée des mers. « Je suis le seul, le seul du Vanuatu à avoir pu venir », se désole-t-il, détaillant les lourdeurs administratives, les contraintes sanitaires et l’obstacle financier. En réalité, cet archipel est bien représenté à la COP par son ambassadeur à l’ONU, mais en effet, pas par son gouvernement. À l’instar d’ailleurs d’un tiers de ces îles perdues au milieu du plus grand océan du monde. C’est l’un des principaux griefs adressés : l’absence des plus vulnérables à cette COP qui s’est vue décernée le label de la COP « la moins accessible » de l’histoire.

Elisabeth, 61 ans, écologiste de longue date, ne se départ pas d’un sourire apaisant. De voir la jeunesse se mobiliser autant – la veille, les jeunes générations avaient déjà défilé dans la ville comme régulièrement les vendredis depuis le lancement des Fridays for Future de Greta Thunberg en 2018 –, lui redonne un regain d’optimisme. Il y a eu des « avancées » lors de la première semaine, se réjouit-elle. Mais, pour elle, c’est le manque de « courage » des leaders politiques qui l’inquiète. Comme pour Géraldine, une Irlandaise croisée plus amont qui se fait du mouron « pour ses enfants et ses petits-enfants », et ce sont les citoyens qui font pression sur les décideurs afin que le choses avancent, pas l’inverse.

L’inquiétude de Glenn Wright est d’ordre judiciaire : « Mon pays pourrait bientôt être poursuivi pour écocide », c’est-à-dire les dommages causés à l’environnement. Il explique : « La Cour pénale internationale est en passe de qualifier l’écocide de crime. Or, le Canada est le seul pays du G7 dont les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté depuis l’Accord de Paris en 2015. C’est inacceptable. » Cet avocat canadien ne fait pas mystère du pessimisme qui l’envahit à mesure que le temps passe. Sur la vaste pelouse du Glasgow Green, aux côtés de sa femme Shannon, il nous raconte sa présence ici et son parcours. Il y a encore cinq ans, avant de reprendre les études et devenir avocat spécialisé dans le développement durable tout en cultivant des céréales et des légumineuses sur 320 ha, Glenn Wright était pendant vingt ans ingénieur… dans le nucléaire, à Areva notamment.

Ils ont fait le déplacement du Saskatchewan, une région immense du grand nord canadien, et représentent l’Union nationale des fermiers du pays. « On a perdu un tiers de nos récoltes cette année à cause de la sécheresse, la pire que j’ai vu depuis que j’ai commencé à cultiver, il y a quinze ans », fronce-t-il, évoquant aussi les grosses chaleurs, les terres brûlées de ses voisins ou encore, plus frappant, la neige qui, depuis cinq ans, « fond dès les mois de janvier ou février ».

Malgré ces signes, il regrette « le déni » qui règne dans son État et celui voisin de l’Alberta. Là-bas, explique-t-il, le pétrole est un gros pourvoyeur d’emplois… Alors, il a déterminé une stratégie : « J’essaie de convaincre nos voisins par les économies qu’ils peuvent réaliser en tournant vers le développement durable. C’est beaucoup plus facile et efficace que d’argumenter pendant des heures sur le réchauffement climatique. J’en ai fait moi-même l’expérience, en diminuant de plus d’un tiers ma consommation de pesticides. J’ai l’intention d’aller plus loin, mais il faut du temps. L’agriculture est le secteur le plus difficile pour parvenir au net-zéro », la fameuse neutralité carbone.

À quelques mètres de là, on aborde Mathieu, 30 ans, un Français expatrié à Glasgow. Lui aussi est ingénieur, lui aussi dans le nucléaire. À la différence de Glenn Wright, il ne compte pas changer. À ses yeux, l’énergie de cette industrie est la moins mauvaise des solutions, après les énergies renouvelables, mais intermittentes. « On en a besoin pour faire la transition énergétique. C’est vrai qu’il y a eu des accidents de grande ampleur, mais ils sont peu nombreux. » Il n’élude pas non plus le problème des déchets radioactifs que l’on ne sait pas traiter, mais il place ses espoirs dans le méga-projet en chantier depuis des années dans le sud-est de la France, Iter : la fusion nucléaire, censée être plus écologique, plutôt que la fission, technique actuellement utilisée. Les luttes pourront-elles converger jusqu’à fusionner ?

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