Thursday, May 19, 2022
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COVID -19 : Le Bangladesh en manque d’oxygène

Dans la ville de Khulnâ, devenue l’épicentre de la nouvelle vague épidémique au Bangladesh, les bombonnes d’oxygène vides s’accumulent presque aussi rapidement que les morts.

Face à la montée du nombre de cas, le gouvernement a imposé un confinement strict à l’ensemble du pays pour le week-end, espérant ainsi freiner la propagation du virus, mais à Khulnâ, les hôpitaux et les familles des victimes n’arrivent plus à faire face au rythme de contamination.

Non-loin de l’accueil des urgences de l’hôpital, Mohammed Siddik, appuyé contre des bombonnes vides, appelle ses proches, en larmes, pour leur annoncer le décès de son frère de 50 ans

Cet entrepreneur de 42 ans a conduit son frère à l’hôpital lorsque sa santé s’est détériorée, mais il n’y avait ni lit ni oxygène disponible, relate-t-il à l’AFP.

«Il est mort en suffoquant dans un couloir de l’hôpital; à aucun moment ils ne lui ont apporté de l’oxygène», décrit M. Saddik.

Proche de l’État indien du Bengale-Occidental, Khulnâ a affronté une hausse soudaine des contagions, provoqué par le variant Delta, détecté en premier lieu en Inde voisine.

Jeudi, la ville a enregistré 46 décès, selon le décompte officiel, alors qu’elle n’avait jamais été aux prises avec plus d’une dizaine de décès lors des vagues précédentes.

Dans cette ville de 680 000 habitants, nombreux sont ceux qui estiment qu’en réalité le bilan est bien plus lourd, les cimetières étant incapables de gérer l’afflux soudain de décès dans les villes voisines comme Satkhira.

L’hôpital public, l’un des quatre de la ville, compte 400 lits, mais la demande dépasse largement ses capacités, désormais.

«Nous faisons face à une pression énorme sur le plan des admissions», a reconnu Niaz Muhammad, médecin en chef du gouvernement pour la région de Khulnâ, qui assure en revanche qu’il n’y a aucun problème d’approvisionnement en oxygène.

«La situation est critique»

Mais d’autres témoignages décrivent la mort de proches sans avoir pu recevoir d’oxygène.

«Si seulement ils avaient pu en donner un peu à mon frère, il serait toujours vivant», regrette Afroza, en pleurs dans la cour de l’hôpital.

Depuis jeudi, la police et l’armée patrouillent dans les rues du pays, qui compte 168 millions d’habitants, afin d’imposer le couvre-feu. Des centaines de personnes sont interpellées chaque jour pour avoir quitté leur domicile.

À Khulnâ, les restrictions sont en place depuis le mois dernier, alors que le taux de contamination s’envolait, mais les usines de la ville sont toujours ouvertes, et nombreux sont ceux qui sont obligés de sortir pour aller travailler.

Rafikul Islam, un étudiant, explique ainsi qu’il a dû marcher 7 km pour se rendre à son travail à temps partiel à l’usine, du fait de l’absence de bus.

«La plupart des boutiques et des transports sont fermés, mais compte tenu de la situation sérieuse à Khulnâ, nous n’avons pas le choix, nous devons maintenir le travail. La situation est critique», estime-t-il.

Officiellement, le Bangladesh a enregistré 935 000 contagions et 149 000 décès depuis le début de l’épidémie, mais pour la plupart des habitants, ces chiffres sont largement sous-estimés.

Employé du cimetière de Khulnâ, Mohammad Badu assure qu’il n’a jamais été aussi occupé en 32 ans de métier: «Le nombre d’enterrements est bien plus important qu’avant.»

Pour les autorités sanitaires, cette nouvelle vague s’explique par le refus de la population de porter des masques et de respecter la distanciation sociale.

«Les gens ne veulent pas accepter l’isolement, cela contribue à renforcer la transmission du virus», assure ainsi Suhas Halder, porte-parole du principal hôpital de Khulnâ.

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