Saturday, December 4, 2021
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ENVIRONNEMENT : COP26 à Glasgow: les enjeux d’un rendez-vous crucial pour la planète

Un ours polaire au Svalbard (Norvège). L’Arctique se réchauffe trois fois plus vite que la moyenne terrestre. À moyen terme, sa banquise pourrait ne plus se reconstituer au moins un été par décennie. Getty Images – Paul Souders

Repoussée d’un an en raison du Covid, la 26e Conférences des parties sur le changement climatique se réunit en Écosse du 31 octobre au 12 novembre. La COP26 de Glasgow intervient six ans après la COP21 et l’Accord de Paris. Les enjeux sont confrontés à des réalités complexes dès lors qu’il faut passer des intentions à l’action. La finalité, en revanche, est d’une effrayante simplicité : assurer sans tarder la survie des prochaines générations. Comment ? En s’efforçant de maintenir les températures mondiales au plus près d’1,5°C de réchauffement d’ici 2100. Objectif inatteignable au rythme des engagements actuels des États. Alors que le scepticisme sur un succès domine et que la pression est maximale sur les leaders politiques, la Chine vient d’annoncer, à la surprise générale, ses nouvelles contributions climat. Un pas en avant historique, mais très décevant aux yeux des experts.

Pourquoi y a-t-il « urgence » ?

Parce que le thermomètre grimpe et que les effets se font déjà sentir, sur tous les continents. La COP de Glasgow se tient au terme de trois années noires pour tous les continents : incendies gigantesques et répétés en Australie et dans l’ouest des Etats-Unis en 2019 et 2020, inondations Chine et en Europe, feux dans le bassin méditerranéen à l’été dernier (Turquie, Grèce, Algérie, Liban, Israël…), … une liste très loin d’être exhaustive. Ces catastrophes ont un point en commun, caractéristique du réchauffement : elles sont plus fréquentes et battent des records d’intensité – pluviométrie, forces des vents, superficies brûlées, pics de chaleurs, nombre d’insectes… Le constat est également effrayant sur des échelles de temps plus longues : il a par exemple été mesuré que 14% des récifs coralliens ont disparu en dix ans (2009-2018), que la population d’insectes volants sont en chute libre en Europe depuis 30 ans, que l’Afrique perd ses forêts (90% de la forêt ivoirienne disparus depuis trente ans) ou encore que le niveau moyen de la mer est monté de 20 centimètres entre 1900 et 2018, avec un rythme accéléré depuis 2006…

Un chiffre résume ce bilan : selon le récent rapport de l’Organisation météorologique mondiale, le nombre de catastrophes a été multiplié par cinq au cours des 50 dernières années.

Rendues en août, les conclusions du rapport spécial du Groupe international d’experts sur le climat (Giec) sont on ne peut plus claires : à ce rythme, on va droit dans le mur, avec un réchauffement largement supérieur aux 2°C de l’Accord de Paris – et jusqu’à plus de 4°C selon certains scénarios noirs. « Notre monde s’est engagé sur la voie d’un réchauffement de 2,7 °C et les conséquences seront catastrophiques », tançait en septembre Antonio Guterres, secrétaire général de l’Organisation des Nations unies.

Au programme, dans le cas d’actions insuffisantes : hausse du niveau des mers et océans, disparitions d’îles habitées, érosion des littoraux, acidification des eaux, extinction d’espèces animales, catastrophes climatiques plus violentes et plus fréquentes, dépérissement des agricultures et des chaînes alimentaires, perturbation des courants marins qui contribuent à la tempérance du climat, grandes vagues de migrations climatiques, guerres de l’eau et des terres arables… C’est l’ensemble du système vivant – humains, faune et flore – qui est en péril à l’horizon d’une génération.

Pourtant, si le mort « urgence » est dans toutes les bouches et la prise de conscience par les Etats est réelle, l’état actuel des engagements n’augure rien de bon sur un changement de cap. La bonne nouvelle, c’est que ce n’est pas encore irrémédiable. L’ONU veut y croire et en appelle même aux dinosaures pour témoigner à sa tribune :

1,5°C ou 2°C, quelle différence ?

On sait, en remontant aux premiers bulletins météorologiques en 1880, qu’un réchauffement de l’ensemble de la Terre est à l’oeuvre. Les gaz à effets de serre (GES) – CO2 principalement, mais aussi méthane et protoxyde d’azote – forment une enveloppe autour du globe retenant ainsi la chaleur convoyée par les rayons du soleil. C’est ce qui permet de maintenir un climat vivable, sinon la température terrestre moyenne serait de -18°C. Le problème qui se pose de manière accrue depuis plusieurs décennies est inverse : les quantités de gaz libérées dépassent ce que la planète est capable d’absorber, via les puits de carbone que sont les forêts et les océans. La « serre Terre » se réchauffe trop et de plus en plus vite, même si l’on ne parle que de 0,2°C degrés d’augmentation par décennie.

Les premiers rapports scientifiques pointant l’activité humaine comme la probable cause du dérèglement climatique remontent aux années 1970. C’est aujourd’hui un fait établi avec certitude. Nous émettons environ 52 milliards de tonnes d’équivalent CO2 chaque année. Mais seulement 10 à 12 milliards sont absorbés par la nature. 80% de ces émissions sont dus aux énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz).

Ces émissions de gaz à effet de serre ont élevé les températures d’environ 1,1 °C depuis la période 1850-1900. La température mondiale devrait atteindre ou franchir le seuil de 1,5 °C entre 2030 et 2040, peut-être même dès 2024 selon l’Organisation météorologique mondiale. Pour le climatologue français Jean Jouzel, ancien vice-président du Giec, « les vingt prochaines années sont déjà jouées. Les actions que l’on entreprend aujourd’hui sont faites pour éviter un réchauffement dans la deuxième partie du siècle. »*

Ce dérèglement du climat est disparate selon les régions du monde. Sous des latitudes tempérées comme la France, il est bien moins sensible que dans les régions polaires. L’Arctique est la région la plus affectée. Le réchauffement y dépasse les 3°C, soit trois fois la moyenne terrestre, ce qui entraîne des dommages irréversibles pour, entre autres, les populations autochtones, la permanence de la banquise et l’élévation des océans.

Dans ce combat, chaque dixième de réchauffement compte. Ainsi, la banquise disparaîtra définitivement une fois par siècle dans le cas d’un réchauffement stabilisé à 1,5° ; dans celui à 2°C, ce sera une fois par décennie. Autre exemple, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), plus de 6 millions de personnes vivant dans des zones côtières seraient vulnérables à l’élévation du niveau de la mer à 1,5°C ; à 2°C, cette population menacée passerait à 10 millions de personnes supplémentaires d’ici la fin du siècle. Bref, ces quelques dixièmes de différence influent sur l’avenir des écosystèmes et jouent sur les évènements climatiques extrêmes, comme l’a rappelé Valérie Masson-Delmotte, vice-présidente du Giec. 1,5°C doit donc être « une température plafond, pas plancher », a martelé Christiana Figueres, ancienne secrétaire exécutive de la Convention-Cadre onusienne sur le climat, le 25 octobre lors d’une conférence de presse.

À quoi sert la COP Climat ?

La fin du XXe siècle voit le frémissement d’une prise de conscience quant au réchauffement du globe et aux responsabilités humaines, au sein de la communauté scientifique (longtemps divisée) puis des mouvements alternatifs. En 1992, le Sommet de la Terre de Rio aboutit à la création de la Convention-cadre des Nations unies sur les Changements climatiques (CCNUCC) qui fixe des buts à atteindre pour limiter le réchauffement climatique. Pour parvenir à ces objectifs, des réunions réunissent ses signataires pour définir les actions et engagements à court et long terme : ce sont les COP, Conferences of the Parties, qui se tiennent chaque année dans un pays différent. En 2022, elle devrait se tenir en Egypte. On parle ici de la COP Climat parce qu’il y en a deux autres créées elles aussi à Rio : la Convention sur la diversité biologique (la COP15 vient d’avoir lieu en Chine) et la Convention sur la lutte contre la désertification.

Certaines COP ont été plus marquantes que d’autres. C’était le cas de la COP3 à Kyoto (1997), de la COP15 à Copenhague (2009) et de la COP21 à Paris (2015). Lors de celle-ci a été signé l’Accord de Paris, un traité historique et universel qui prend le relai du protocole de Kyoto et qui pose les nouvelles bases des négociations climatiques. Il engage ceux qui l’ont signé à maintenir les températures mondiales « bien en dessous » de 2°C par rapport à l’époque pré-industrielle et de préférence à 1,5°C. Mais son aspect contraignant est très limité.

Repoussée d’un an à cause de la pandémie, la COP26 intervient deux ans après l’échec de la COP25 de Madrid, dont le slogan était pourtant… « Time for Action ». Organisée par le Royaume-Uni en partenariat avec l’Italie, elle se déroulera dans la ville écossaise de Glasgow, au Scottish Event Campus, sous la présidence d’Alok Sharma. Celui-ci n’a pas caché son scepticisme, à une semaine de l’ouverture : il sera « définitivement plus difficile » de parvenir à un accord mondial à la COP26 qu’à la COP21. « Ce qu’ils ont fait à Paris était brillant, c’était un accord-cadre, (mais) une grande partie des règles détaillées ont été laissées pour l’avenir. »

Cette COP a par conséquence un objectif : finaliser les règles de l’Accord de Paris et passer des promesses aux actes pour se rapprocher de la trajectoire de 1,5°C de réchauffement avant la fin du siècle.

Quels enjeux pour la 26e COP ?

On distingue trois enjeux majeurs :

Les contributions nationales déterminées (NDC en anglais). C’est la question la plus politique. Les NDC sont au coeur de l’Accord de Paris (article 4). Elles incarnent les objectifs à long terme de la lutte contre le réchauffement. Ce sont les actions concrètes, les engagements chiffrés et publiquement communiqués des Etats pour réduire leurs émissions de GES d’ici 2030, atteindre la neutralité carbone mondiale en 2050, condition pour parvenir au 1,5°C de réchauffement. Chaque partie avait cinq ans (et même six) pour travailler et fournir des NDC actualisées et surtout rehaussées dans leurs ambitions. (Ici, les NDC officielles par pays).

À une semaine du début d’un nouveau cycle, seulement 120 pays et l’UE (environ 50% des émissions de GES) ont mis à jour leur NDC, selon le 20e rapport du PNUE paru mardi 26 octobre. Quatre pays n’ont pas communiqué de plan de réduction actualisés (ils pourront encore le faire pendant les pourparlers) : l’Inde, la Turquie, et l’Arabie saoudite. Deux pays ont des ambitions revues à la baisse – le Brésil et le Mexique – et deux autres des NDC inchangées : l’Australie et l’Indonésie.

Le 28 octobre, trois jours avant l’ouverture, la Chine s’est finalement décidée, pour la première fois, à déposer ses contributions nationales. C’est historique, d’un point de vue symbolique du moins. Après avoir montré ces dernières semaines ses bonnes intentions, elle annonce tendre vers un pic d’émissions avant 2030.

Problème : avec de telles ambitions déclarées, les émissions vont augmenter de 16% d’ici à 2030 par rapport à 2010, selon le Giec. Or, pour limiter l’augmentation de la température moyenne à 1,5 °C, il faudrait réduire les émissions de CO2 de 45% en 2030. Ou encore multiplier par 7 en seulement huit ans les promesses actuelles, selon le rapport du PNUE. Seul les plans du Royaume-Uni (68% au moins de baisse des émissions en 2030 par rapport à 1990) et de la Gambie sont considérés comme compatibles avec la limite de 1,5°C. Quant à l’annonce chinoise, elle déçoit les experts : « Il ne faut pas embellir » cet évènement, explique Bernice Lee, du think tank britannique Chatham House. Le nouveau plan climat de Pékin est décevant et bien en-dessous de ce que le premier émetteur du monde devrait être. » Pour Li Shuo, de Greenpeace, « la planète ne peut pas se contenter de cela. Pékin doit revenir avec un plan plus fort pour que le pic d’émissions soit atteint avant 2025. » 

« À moins d’une semaine de la COP26, nous sommes toujours sur la voie d’une catastrophe climatique, a averti Antonio Guterres, lors d’une conférence de presse. Comme l’indique le titre du rapport [du PNUE] de cette année, “la chaleur est au rendez-vous”. Et comme le montre le contenu du rapport, le leadership dont nous avons besoin est absent. » En dix jours, les négociateurs de quelque 200 délégations, représentant des pays parfois en confrontation ouverte, devront s’accorder sur des efforts accrus.

→ Entretien avec Jean Jouzel : Climat: pourquoi les vagues de chaleur se multiplient et pourquoi il faut agir tout de suite ?

Le financement climat. C’est la question à 100 milliards. La Convention-Cadre de 1992 comme l’Accord de Paris affirment noir sur blanc que les pays développés doivent soutenir financièrement ceux du Sud, et ce en plus de l’aide financière qu’ils fournissent déjà à ces pays. En 2009 à Copenhague, les pays riches ont donc convenu d’allouer, à partir de 2020, 100 milliards de dollars, par an, à l’action climatique des pays pauvres qui polluent peu, mais sont les plus touchés. L’obtention du montant est la principale attente des pays africains comme des petits États insulaires pour cette COP26. « La situation de l’Afrique mérite une attention particulière : l’Afrique est le continent qui produit le moins d’émissions, mais qui subit le plus gros des conséquences », résume Tanguy Gahouma-Bekale, négociateur en chef pour l’Afrique. « La question du financement pour l’Afrique est au cœur des négociations […] Les trois quarts des grandes villes africaines se trouvent sur la côte et l’un des plus grands risques est l’élévation du niveau de la mer. Nous devrons développer des infrastructures pour protéger nos côtes, nos populations, etc. et cela signifie que le financement devrait venir de la communauté internationale. »

Problème : dix ans après la promesse, le compte n’y est toujours pas. Le 17 septembre dernier, la douche froide venait de l’OCDE : « le total des financements climatiques fournis par les pays développés en faveur des pays en développement s’est élevé à 79,6 milliards de dollars ». Manquent donc sur la table 20 milliards annuels. Depuis, les États-Unis ont certes rallongé de 11,4 milliards mais d’autres ont raboté en raison de la crise du Covid. Ce ratage risque, selon Christiana Figueres, de porter atteinte à la « crédibilité » des pays du Nord. Pour l’ancienne responsable climat de l’ONU pendant la COP21, comme pour bien des experts, les besoins réels dépassent de toute manière déjà le montant des 100 milliards. Les organisateurs de la COP26 ont toutefois assuré lundi 25 octobre pouvoir l’atteindre en 2023, avec trois ans de retard.

En outre, comme l’a soulevé l’ONG Oxfam en 2020, « 80% » de la totalité de ces financements « ont été attribués sous forme de prêts et sont donc à rembourser », avec intérêts. « Il est scandaleux que les pays les plus pauvres qui sont déjà très endettés soient contraints d’emprunter pour faire face à la crise climatique dont ils ne sont pas responsables », proteste l’organisation, spécialisée dans la finance internationale.

Enfin, ces 100 milliards promis ne prennent pas en compte les dégâts déjà engendrés par les catastrophes. « Ceux-ci pourraient atteindre jusqu’à 580 milliards de dollars par an d’ici 2030, et ce uniquement dans les pays du Sud », indique Fanny Petitbon, de l’ONG Care**. Les « pertes et préjudices » sont la raison d’être du mécanisme de Varsovie de 2013… qui n’a jamais réellement fonctionné.

Les marchés carbones de compensation. C’est l’enjeu le plus technique et potentiellement le plus explosif. Il est concentré dans l’article 6 de l’Accord de Paris, seul article non finalisé, signe de sa complexité. Celui-ci prévoit deux mécanismes pour que des entités (entre États dans le premier mécanisme ; entre entreprises, États, particuliers, etc,  dans le second) puissent réaliser des échanges de réductions d’émissions de manière contrôlée et régie par l’ONU. Une décision doit être prise pour que ces mécanismes deviennent opérationnels. Les COP précédentes ont échoué à mettre en œuvre ce marché mondial du carbone. 

L’objectif de ce marché est d’aider les États à réaliser les NDC (lire ci-dessus) et à atteindre la sacro-sainte « neutralité carbone » à horizon 2050, que tout le monde se met à vouloir toucher du doigt, l’Australie étant le dernier en date, le 26 octobre. Neutralité signifie que le niveau des émissions de carbone dans l’air soit égal à celui de leur captage par des puits naturels (forêts, océans) ou technologiques. Elles peuvent donc augmenter tant qu’elles sont compensées.

Comment ça marche ? Poussées à réduire leur bilan carbone, les entreprises (mais aussi des particuliers, États, collectivités) achètent des quotas (ou crédits) carbone. Un quota donne le droit d’émettre une tonne de CO2. À partir de là, soit elles parviennent à réduire leurs émissions et peuvent revendre leur surplus de quotas ; soit elles ne peuvent pas réduire suffisamment leurs émissions et n’ont pas assez de quotas. Elles peuvent alors les acheter pour financer des projets qui leur rapporteront ces quotas. C’est ce qu’elles préfèrent faire en général : le prix de la tonne de carbone est trop bas pour les inciter à réduire leurs émissions plutôt qu’à acheter des quotas… Ainsi, l’entreprise finance des projets écologiques pour contrebalancer son volume d’émissions. En échange, elles obtiennent des crédits carbone. La plantation d’arbres comme compensation est l’outil le plus couramment employé. Cette stratégie lui permet à la fois d’améliorer son bilan carbone, de se préparer à une réglementation destinée à se durcir mais aussi à redorer son blason auprès de ses clients, de plus en plus préoccupés par l’avenir de la planète. Le tout pour pas trop cher. Reverdir des millions de terres et multiplier les puits de carbone naturels apparaît comme la solution évidente au réchauffement. « Le moyen le plus efficace aujourd’hui d’éliminer le carbone, pour moins de dix dollars la tonne, c’est la reforestation (…) », reconnaît Patrick Pouyanné, le PDG de Total.

Il y a deux grosses pierres d’achoppement posées par l’article 6 : l’excédent de crédits sur les marchés ; le double comptage des réductions, à la fois par le pays vendeur et par le pays acheteur, ce qui fausserait les comptes et la réalité des réductions d’émissions.

Au-delà de ces aspects techniques, un problème plus global est en jeu. Cette méthode dite de compensation n’« élimine » pas vraiment le carbone puisqu’elles sont en fait des échanges de « permis de polluer ». L’efficacité de la compensation carbone est en effet fortement contestée, pas seulement par les écologistes. « Compenser n’est pas réduire », rappelle le CCFD-Terre Solidaire, qui dénonce « un levier d’inaction climatique » et un « greenwashing qui rapporte » aux entreprises. Pour les États peu enclins à revoir leur modèle de consommation et production, c’est un « échappatoire » commode, critiquent les ONG, qui déroulent une ribambelle d’arguments.

Le premier d’entre eux : ce n’est pas parce que des arbres seront plantés par milliards, comme le projette l’Arabie saoudite (malgré son stress hydrique très élevé) ou des multinationales, que les émissions baisseront. « Net-zero n’est pas zéro », avertit Action Aid international. Par ailleurs, rappellent différentes études, l’équilibre émissions/captation serait décalé dans le temps : les émissions fossiles se produisent aujourd’hui, alors que leur absorption dans les arbres et les sols prend beaucoup plus de temps. En outre, la séquestration du carbone par les arbres ne garantit pas une captation sécurisée sur le long terme : une tempête, un incendie et ce puits de carbone disparaît. Exemple : en 2019, la Turquie plantait 11 millions d’arbres ; six mois plus tard, ils mourraient d’assèchement.

De plus, les terres – généralement celles du Sud – ne sont pas extensibles. « La superficie des terres nécessaires pour séquestrer seulement 2 Gt de CO2 est estimée à 678 millions d’hectares, soit environ deux fois la superficie de l’Inde. Les communautés dans les pays du Sud sont déjà confrontées à l’accaparement d’énormes quantités de terres et de ressources, à la perte de leurs moyens de subsistance et à la violation de leurs droits territoriaux », arguent Les Amis de la Terre, l’une des plus grandes ONG écologiste au monde, qui promeut le « Vrai Zéro ». Or, les besoins en crédits carbone des grandes entreprises souhaitant avoir recours à la compensation sont exorbitants. « À elles seules, trois de ces entreprises (Shell, Eni, Nestlé) auraient besoin de 20 millions d’hectares de terre par an pour leurs besoins cumulés de compensation, soit, chaque année, l’équivalent de pratiquement toutes les terres forestières de Malaisie ! », selon une étude du CCFD.

Pire, les puits de carbone naturels que sont les forêts tropicales par exemple ont une capacité limitée et pourrait même devenir « des sources d’émissions de carbone », selon une étude de la très sérieuse revue Nature en 2020. Étude confirmée ce 25 octobre par un rapport de l’Organisation météorologique mondiale. « Il est possible que l’absorption par l’océan diminue également », notamment à cause du réchauffement des eaux de surface. Les partisans de la géo-ingénierie mettent alors en avant une alternative : l’extraction artificielle du dioxyde de l’air et leur enfouissement dans le sol. Les opposants comme le CCFD affirment eux que cette technologie « balbutiante » et « énergivore » serait douloureuse pour la nature à long terme et contre-productive.

« Il faut diminuer les émissions le plus rapidement possible, presse le Dr Oksana Tarasova, de l’Organisation météorologique mondiale. Quand les États s’engagent à devenir neutre en carbone, ces engagements doivent se matérialiser en quelque chose d’observable, dans l’atmosphère. Si on ne voit pas, au minimum, un ralentissement de l’augmentation des gaz à effet de serre, alors on ne peut pas parler de quelconque succès dans la lutte contre le réchauffement. »

Pour sa part, le PNUE est plus nuancé : les marchés du carbone peuvent permettre de réduire les émissions, assurent-ils, mais « uniquement si les règles sont clairement définies et si elles sont soutenues par des dispositifs permettant de suivre les progrès et d’assurer la transparence ». Cela tombe bien, c’est l’un des objectifs de cette COP.

Marchés carbone, technologies vertes, transition énergétique (fin du charbon, nucléaire hydrogène…), pratiques agricoles, modèles économiques, consommation, pollution numérique, (dé)croissance… autant de sujets brûlants, étroitement liés à ces trois enjeux, ne manqueront pas, sans oublier ceux, multiples, liés aux droits humains. « J’espère qu’à la COP26, nous verrons de nouveaux engagements sur le charbon, les voitures, le méthane et la déforestation », a prévenu le président Alok Sharma.

Quels sont les acteurs et le programme de la COP26 ?

Les organisateurs attendent environ 25 000 participants.

Les politiques. Joe Biden, Antonio Guterres, Ursula Van der Leyen ou encore le pape François, la COP26 va faire venir à elle le gotha politique mondial. La reine d’Angleterre a finalement renoncé à se déplacer, sur contre-indication médicale. Particulièrement ceux du G20 qui contribuent pour 80% des émissions polluantes. Plus d’une centaine seront présents à l’ouverture du sommet les 1er et 2 novembre. Parmi les chefs d’État africains, on notera, selon les informations de Jeune Afrique, la présence de Félix Tshisekedi (RDC), Mohamed Bazoum (Niger), Denis Sassou Nguesso (Congo), Ali Bongo (Gabon), Faustin Archange-Touadéra (RCA), Uhuru Kenyatta (Kenya), George Weah (Liberia), Muhammadu Buhari (Nigeria), Abdel Fattah al-Sissi (Égypte), entre autres. D’autres, en particulier envoient leur ministre de l’Environnement, c’est le cas de la Côte d’Ivoire ou du Sénégal. Près de 200 délégations vont négocier durant douze jours. C’est vers eux que les regards seront tournés, que les voix des citoyens porteront.

Deux absences notables : Vladimir Poutine pour la Russie, et très probablement Xi Jinping pour la Chine, premier pays émetteur de GES au monde depuis 2010 (27%). Deux climato-sceptiques notoires ont annoncé leur venue : le Brésilien Jair Bolsonaro et l’Australien Scott Morrison. L’Australie est le premier exportateur mondial de charbon, ressource fossile des plus polluantes sur laquelle repose l’électricité du pays. Cette semaine, tout en annonçant un objectif net-zéro à 2050, Scott Morrison a dit vouloir poursuivre cette politique énergétique pro-fossile.

Les scientifiques. C’est la communauté pivot des COP, celle qui travaille en amont sur les effets ou encore les scénarios du réchauffement. Le noyau central, c’est le Giec qui, depuis 1988, produit tous les 6-8 ans des synthèses mondiales qui servent d’alarmes pour les décideurs politiques, les médias et les sociétés civiles militantes. D’autres institutions écrivent des rapports plus spécifiques : le PNUE sur les gaz à effets de serre (rapport 2021 publié ce 26 octobre), l’Organisation météorologique mondiale sur le climat, l’Agence internationale de l’énergie sur les ressources fossiles et les énergies renouvelables (son rapport de mai 2021), etc. En 2021, plusieurs de ces institutions ont publié un troisième rapport commun : United in Science 2021. Plusieurs centaines de scientifiques issus de centres de recherches publics ou privés, de think tank seront également présents dans les couloirs du Scottish Event Campus de Glasgow.

Les ONG et sociétés civiles. Chapeautée par la Coalition COP 26, une grande manifestation de la société civile se déroulera 6 novembre lors d’une Journée d’Action globale. Les organisateurs attendent 500 000 personnes lors dans le cortège ainsi que des centaines d’ONG, comme le Climate Action Network qui fédère près de 1300 associations, les Fridays for Future ou encore Extinction Rebellion, connue pour ses actions plus radicales. Un rassemblement sera ponctué de discours de porte-voix charismatiques du climat comme Greta Thunberg et l’Ougandaise Vanessa Nakate.

En parallèle des activités diplomatiques, une véritable COP citoyenne aura lieu dans la « zone verte » – les négociations se tiendront dans la « bleue », de l’autre côté de la Clyde, la rivière qui sépare la ville en deux. De nombreux ateliers, expositions et conférences se tiendront durant dix jours et notamment au Summit People, du 7 au 10. Plusieurs évènements seront diffusés en direct sur internet. Enfin, le monde entrepreneurial sera également de la fête, dans toute sa diversité d’intérêts, de la start-up aux locaux bio-sourcés à la major de l’énergie fossile. Tous essaieront de murmurer à l’oreille des décideurs.

► Consulter le programme de la zone verte (en anglais)

Ce monde citoyen actif n’est pas un participant de troisième ordre puisque la Convention-Cadre reconnait neuf groupes d’acteurs : collectivités locales, entreprises, ONG, syndicats, communauté scientifique, représentants du monde agricole, de la jeunesse, des peuples autochtones et des femmes.

«Nous avons besoin d’action, pas de promesses.» Des militants du groupe Extinction Rebellion manifestent le 23 août 2021 à Londres. In Pictures via Getty Images – Mark Kerrison

Que serait un succès à Glasgow ?

La COP 26 souffre d’un écueil : sa légitimité. La pandémie de Covid-19 circule encore dans de nombreux pays et perturbe l’organisation de ce rendez-vous. Les problèmes logistiques se sont accumulés, compromettant la venue des délégations de pays en développement ou éloignés (et même des participants européens) : l’accès aux vaccins, les quarantaines, les visas et enfin le logement dont les prix ont dépassé la décence, comme le montre cette enquête du Financial Times

« Il est impératif que les pays du Sud, premiers impactés par la crise climatique, puissent se rendre à Glasgow autour de la table des négociations, insiste Myrto Tilianaki, du CCFD-Terre Solidaire. Sans eux, nous craignons que des décisions adoptées par les pays du Nord, qui dominent déjà l’agenda de l’Article 6, seront au détriment des pays du Sud. La participation donc de ces derniers et une question de justice climatique. Il y a quelques semaines, un tiers des îles du Pacifique ont annoncé qu’ils ne se rendront pas à la COP26 à cause des restrictions de voyage liés à la pandémie. C’est un signal négatif sur l’équité de la participation à la COP26. »

A tel point qu’en septembre, 1500 ONG demandaient un report de la COP pour que les décisions prises soient le plus universel possible, a fortiori pour les plus concernés par les effets du changement. Un report finalement décliné par l’ONU qui a invoqué « l’urgence » d’agir.

Cependant, malgré les obstacles géopolitiques, le poids de l’enjeu et des négociations pressenties plus ardues qu’à Paris, un succès n’est pas à écarter. Sous la pression diplomatique et des opinions publiques, les dirigeants ont multiplié « les signes encourageants » à l’approche du rendez-vous, comme le reconnaît Laurence Tubiana, architecte de l’Accord de Paris.

Les espoirs sont tout d’abord placés dans le retour des Etats-Unis dans l’Accord de Paris et dans le leadership que semble vouloir prendre Joe Biden. Des annonces fortes de Washington ne sont pas à exclure. En septembre, les États-Unis annonçaient le doublement de leur financement climat à 11,4 milliards de dollars par an d’ici à 2024.

La Nouvelle-Zélande, très à la traîne, a promis elle aussi de quadrupler la mise (à près d’un milliard) ; la Turquie, 16e émetteur de GES, a surpris en ratifiant l’Accord de Paris le 6 octobre ; l’Afrique du Sud a soumis à l’ONU de nouveaux engagements de réduction de ses émissions, bien plus ambitieux ; l’Union européenne, qui compte comme État partie, fait figure de bon élève. En décembre dernier, Bruxelles a révisé et renforcé son plan, qui passe à au moins 55 % de réduction des émissions de GES d’ici à 2030 par rapport à 1990. Elle s’est aussi engagée à la neutralité carbone à 2050.

Contrairement à Paris, il n’y aura pas de traité à Glasgow qui pourrait matérialiser une victoire ou un échec. « Le succès de la COP26 va dépendre de la capacité des États développés à répondre réellement à l’urgence climatique, d’une part en annonçant une plus grande réduction de leurs émissions dans la prochaine décennie, d’autre part en augmentant leurs financements climat à destination des pays du Sud, pour les aider notamment à réaliser leur transition », résume Aurore Mathieu, responsable des politiques internationales au Réseau Action Climat.

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